Amis lecteur, je dois vous avouer une chose avant que vous ne l'appreniez de bouches médisantes. Je prends mes responsabilités, je ne nierai pas puérilement, j'assume pleinement mon acte. J'ai lu Twilight. Je l'ai lu, j'ai cédé à la curiosité. Je ne vais pas m'employer à justifier l'inconcevable mais laissez-moi critiquer, s'il vous plait, l'aubaine est trop grande. Chassez donc cette expression atterrée de vos visages et prenez la peine de lire.
Je ne me leurrais pas quant à l'apparente médiocrité de la chose, seulement comprenez bien que lorsque les termes de « phénomène littéraire » ou de « nouveau Roméo et Juliette » me sont revenus aux oreilles, j'ai voulu vérifier. Je me suis mise l'idée en tête, pensant qu'il y aurait forcément une bonne copine pour me prêter discrètement le premier tome... Et voilà qu'un jour d'ennui où j'errai dans les ténèbres de notre bibliothèque, l'esthétique couverture aux inspirations gothico-mystico-terrifiantes m'est apparue. Allelujah. J'ai sincèrement hésité à m'emparer de l'objet, veillant avant tout à ne pas être remarquée trop prêt du présentoir où il reposait. Je me suis risquée à feuilleter quelques pages à l'abri des regards, puis j'ai attendu que la cloche sonne, que les élèves désertent l'endroit pour que je puisse enfin l'emprunter. Lorsque je le tendis à la Madame CDI, elle ouvrit la bouche et la conversation donna en substance :
Je ne me leurrais pas quant à l'apparente médiocrité de la chose, seulement comprenez bien que lorsque les termes de « phénomène littéraire » ou de « nouveau Roméo et Juliette » me sont revenus aux oreilles, j'ai voulu vérifier. Je me suis mise l'idée en tête, pensant qu'il y aurait forcément une bonne copine pour me prêter discrètement le premier tome... Et voilà qu'un jour d'ennui où j'errai dans les ténèbres de notre bibliothèque, l'esthétique couverture aux inspirations gothico-mystico-terrifiantes m'est apparue. Allelujah. J'ai sincèrement hésité à m'emparer de l'objet, veillant avant tout à ne pas être remarquée trop prêt du présentoir où il reposait. Je me suis risquée à feuilleter quelques pages à l'abri des regards, puis j'ai attendu que la cloche sonne, que les élèves désertent l'endroit pour que je puisse enfin l'emprunter. Lorsque je le tendis à la Madame CDI, elle ouvrit la bouche et la conversation donna en substance :
- ...V... Vous ?! Vous lisez CA ?!!
- Euh... Hm... Eh bien, c'est-à-dire qu'on en entend tellement parler...
- Euh... Hm... Eh bien, c'est-à-dire qu'on en entend tellement parler...
Je compris sa surprise, au vu de mon goût habituel pour Camus ou les bouquins de technique photo... Je venais de perdre l'estime d'une personne, et pour abréger cette souffrance, je lus le premier tome en une soirée et le rapportai le lendemain comme s'il m'avait brûlé les mains. En une semaine j'eus terminé. J'en avais fini avec les fou-rires réprimés, les tentatives de justification et, le plus important, j'en avais fini de croire qu'un best-seller d'aujourd'hui pût être lisible.
La seule raison plausible que j'ai pu envisager pour le succès de ce truc ne fut guère que son accessibilité, puisqu'en matière de clichés, d'effets faciles et de phrases toutes faites, je n'avais plus rien lu de tel depuis Oui-Oui tombe amoureux de sa chauve-souris, quand j'avais 6 ans. Alors, j'ai essayé d'être indulgente en me convainquant que ce n'était qu'une traduction, que la traduction a ses limites, qu'un traducteur est humain et ne peut pas retranscrire toute l'émouvante beauté d'une plume anglophone, etc. Et puis, non, j'ai eu beaucoup de mal à réprimer mes rires compulsifs devant les métaphores filées bredouillantes ; ou l'apparente difficulté de l'auteure à définir les émotions de ses si profonds personnages. On notera pour preuve l'agaçante manie de Bella à user, à chaque fois qu'elle aperçoit son bien-aimé suceur de sang, du même genre de formule approximativement égale à « M'habituerais-je un jour à sa beauté ? ». Une fois ça va, quinze fois on s'épuise. Il ne faut cependant pas jeter la pierre à Stephanie Meyer, elle n'est pas entièrement responsable des lourdeurs comiques et des fautes de frappe dont les éditeurs français ont saupoudré sa bouillie.
Au-delà du style transcendant de l'œuvre meyerienne, il faut lui reconnaître le mérite, à défaut d'avoir écrit une histoire d'amour qui tienne la route, d'avoir écrit une histoire de vampire qui se vende ! Car si les intrigues pour adolescentes rêveuses sont une valeur sûre (cf. le lectorat de Marc Levy, Anna Gavalda et youpi tralala), c'était une audace héroïque d'y insérer des loups-garous et des méchants vampires. Cette mode était morte depuis la disparition de Charmed à la télé.
Bref, malgré les références malvenues à Roméo et Juliette, malgré le style carte postale des descriptions et malgré ma tendance à la critique gratuite, je dis bravo. Bravo d'avoir su cerner ce qu'il fallait aux ingénues du monde entier. Au fond, je suis jalouse que ces tas de papier se vendent si bien.
P.S. : Je pardonne à tous ceux qui m'ont vue le lire et/ou ont cru que j'aimais bien : Béni, Nina, Victor, Lucile, Chloé, Tiphanie, Sarah, Elodie, Bonnie, Stéphanie et Sophie (les pionnes), Justin, Simon, Madame CDI, Papa et Maman sans qui je ne serais pas là ce soir.
Et comme l'a brillement suggérer Titouan, il faudrait publier une merde du genre pour voir si on pourrait faire un petit bénéfice dessus, quand on aura le temps.
La photo n'a pas vraiment de rapport,
à part que Pascal écrit sans doute mieux.
à part que Pascal écrit sans doute mieux.
